Pratiques commerciales trompeuses : Quelques prérequis
Définition d'une pratique commerciale trompeuse
Une pratique commerciale trompeuse se définit comme tout comportement d'un professionnel visant à induire le consommateur en erreur, que ce soit par des allégations mensongères, des omissions volontaires ou des présentations ambiguës. Le code de la consommation encadre strictement ces agissements dans ses articles L. 121-2 à L. 121-5.
Cette notion recouvre deux catégories distinctes :
- les pratiques trompeuses par action, qui consistent à communiquer des informations fausses ou mensongères ;
- les pratiques trompeuses par omission, qui se caractérisent par la dissimulation d'informations essentielles que le consommateur d’attention moyenne doit connaître pour prendre sa décision d'achat en toute connaissance de cause.

L'objectif de cette réglementation est à la fois de protéger le consommateur et d’instaurer des conditions de garantie d’une concurrence loyale entre professionnels en sanctionnant ceux qui obtiendraient un avantage commercial illégitime par des moyens déloyaux.
Quelles sont les conditions pour retenir une pratique commerciale trompeuse ?
Pour qu'une pratique commerciale puisse être juridiquement qualifiée de trompeuse, plusieurs conditions cumulatives doivent être réunies.
La première concerne la présence d'éléments faux ou trompeurs dans la communication commerciale. Il peut s'agir d'affirmations mensongères sur les caractéristiques d'un produit, d'omissions volontaires d'informations essentielles ou de présentations susceptibles de créer une confusion dans l'esprit du consommateur.
La pratique doit également être de nature à altérer de manière substantielle le comportement économique du consommateur moyen. Autrement dit, l'information trompeuse doit être suffisamment significative pour influencer la décision d'achat. Une simple exagération publicitaire sans conséquence réelle sur le choix du consommateur ne suffit pas à caractériser une pratique trompeuse au sens juridique du terme.
Ici, la notion de consommateur moyen joue un rôle central. Il s'agit d'un consommateur normalement informé et raisonnablement attentif et avisé. Toutefois, la jurisprudence reconnaît qu'une attention particulière doit être accordée aux consommateurs vulnérables, notamment en raison de leur âge, de leur crédulité ou de leur handicap.
Dernière condition : la difficulté à pouvoir identifier le professionnel pour le consommateur. Lorsqu'un vendeur dissimule son identité ou la rend difficilement accessible, il prive le consommateur d'une information essentielle pour exercer ses droits, notamment en cas de litige ultérieur.
Il convient enfin de préciser que ces règles ne s’appliquent pas uniquement aux relations entre un professionnel et un consommateur. Les pratiques commerciales trompeuses peuvent également être sanctionnées dans les relations entre professionnels, dès lors qu’elles sont susceptibles d’altérer le comportement économique du partenaire commercial ou de fausser la concurrence.
Quelles pratiques commerciales sont considérées trompeuses ?
Les pratiques commerciales trompeuses peuvent prendre des formes très variées, ce qui rend impossible toute énumération exhaustive. Les exemples présentés ci-après ont donc vocation à illustrer les typologies de pratiques les plus fréquemment rencontrées, sans prétendre à l’exhaustivité.
À cet égard, l’article L.121-4 du code de la consommation dresse une liste de pratiques expressément réputées trompeuses, telles que le fait de présenter les droits légaux du consommateur comme un avantage propre à l’offre, de se prévaloir indûment de l’adhésion à un code de conduite, ou encore de revendiquer à tort un agrément ou un label délivré par un organisme.
Tromperies sur l'identité et les caractéristiques des produits et services
Directement en lien avec ce qu’il vient d’être expliqué, les pratiques trompeuses concernant l'identité du professionnel constituent une première catégorie d'infractions. Un vendeur doit impérativement indiquer clairement son nom, son adresse et ses coordonnées. Dissimuler ces informations ou les rendre difficilement accessibles caractérise une pratique trompeuse car le consommateur ne peut alors ni identifier son cocontractant ni exercer ses recours en cas de problème.
En deuxième lieu, les mensonges sur les qualités substantielles des produits représentent une part importante des contentieux. Ainsi, présenter un produit comme neuf alors qu'il s'agit d'un article reconditionné, affirmer qu'un bien possède des propriétés qu'il ne détient pas, ou encore garantir des résultats impossibles à atteindre sont autant de comportements sanctionnés par le code de la consommation.
La composition des produits fait également l'objet d'une protection stricte. Mentir sur les ingrédients d'un aliment, omettre la présence d'allergènes ou encore présenter un produit comme naturel alors qu'il contient des composants synthétiques constituent des pratiques trompeuses graves. Ces informations revêtent une importance particulière pour les consommateurs soucieux de leur santé ou ayant des restrictions alimentaires spécifiques.
Enfin, le mode et la date de fabrication relèvent aussi de cette protection. Présenter un produit fabriqué en série comme artisanal, mentir sur son origine géographique, ou encore modifier les dates de péremption constituent des infractions au code de la consommation pouvant par ailleurs relever de la concurrence déloyale. Les mentions valorisantes telles que "fait maison" ou "produit local" doivent correspondre à la réalité.
Pratiques trompeuses relatives aux engagements et aux conditions de vente
La portée des engagements pris par le professionnel doit être présentée de manière claire et honnête. Promettre une garantie sans en préciser les conditions réelles, annoncer un service après-vente qui n'existe pas ou encore affirmer qu'un produit bénéficie d'une certification alors que ce n'est pas le cas constituent des pratiques trompeuses sanctionnées.
Dans le même esprit, les conditions d'utilisation des produits et services doivent être communiquées de façon transparente. Dissimuler des restrictions importantes, omettre de mentionner que l'utilisation d'un produit nécessite l'achat d'accessoires supplémentaires, ou encore cacher des incompatibilités techniques trompe le consommateur sur la réelle utilisabilité du bien acquis.
Les conditions de vente représentent un autre terrain fréquent de pratiques déloyales. Afficher un prix attractif en omettant de mentionner des frais obligatoires, présenter une offre comme sans engagement alors que des pénalités s'appliquent en cas de résiliation d’un contrat de prestation de service ou encore modifier unilatéralement les conditions contractuelles sans en informer clairement le client constituent des infractions. Ces omissions volontaires altèrent la capacité du consommateur à évaluer le coût réel et les contraintes de son engagement.
S'agissant de la nature des offres commerciales, celles-ci doivent impérativement refléter la réalité. Annoncer une promotion exceptionnelle alors que le prix pratiqué correspond au tarif habituel, qualifier une vente de liquidation alors que le commerce continue normalement son activité, ou encore créer une fausse urgence pour pousser à l'achat relèvent de pratiques trompeuses visant à manipuler la décision d'achat.
Enfin, l'indisponibilité rapide de produits fait partie des techniques déloyales particulièrement encadrées. La pratique dite du "produit d'appel" consiste à attirer les clients avec un article à prix attractif disponible en quantité très limitée, pour ensuite orienter vers des produits plus onéreux. Cette technique est interdite lorsqu'elle vise délibérément à tromper le consommateur sur la disponibilité réelle des produits annoncés.
Tromperies sur le prix et les quantités
Les “erreurs” sur le prix constituent l'une des pratiques trompeuses les plus courantes. Afficher un montant hors taxes en le faisant passer pour le prix TTC, omettre de mentionner des frais supplémentaires obligatoires ou encore annoncer des réductions fictives en gonflant artificiellement le prix de référence sont strictement interdits. Le prix final que le consommateur devra réellement payer doit être clairement indiqué.
Les indications trompeuses sur la quantité portent également préjudice aux consommateurs. Celles-ci peuvent par exemple consister à présenter un emballage de grande taille contenant peu de produit, afficher un grammage inexact, utiliser des formulations ambiguës comme "jusqu'à" sans préciser les conditions réelles constituent des infractions. Le consommateur doit pouvoir comparer les offres sur la base d'informations fiables et transparentes.
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Tromperies sur la présentation et l'origine
Concernant, l'origine des produits, sont notamment sanctionnées les pratiques suivantes :
- faire croire qu'un article provient de France alors qu'il est fabriqué à l'étranger ;
- utiliser des visuels ou des noms évoquant une région spécifique sans lien réel avec le lieu de production ;
- apposer des labels trompeurs sont des pratiques sanctionnées. Les mentions telles que "Made in France" ou les AOP/AOC doivent correspondre à la réalité. Si les allégations trompeuses portent sur l’environnement, les pratiques relèvent alors également du greenwashing.
Les photos d'emballage peuvent également être utilisées pour induire en erreur. La présentation visuelle doit refléter fidèlement ce que le consommateur va effectivement recevoir. Par exemple, afficher une image suggérant une quantité supérieure au contenu réel, présenter des ingrédients ou des éléments absents du produit ou encore utiliser des visuels embellis sans correspondance avec la réalité constituent des pratiques trompeuses.
Enfin, pour compléter cette liste (non exhaustive), les procédés de vente trompeurs englobent aussi diverses techniques déloyales parmi lesquelles on peut évoquer :
- les fausses enquêtes de satisfaction servant en réalité à démarcher commercialement ;
- les cadeaux conditionnés par des achats non mentionnés initialement ;
- les techniques de vente pyramidale déguisées relèvent de cette catégorie.
Ces procédés exploitent la crédulité ou la méconnaissance des consommateurs pour les pousser à des achats qu'ils n'auraient pas effectués en connaissance de cause.
Les conséquences des pratiques commerciales trompeuses
Sanctions pénales et administratives
Les pratiques commerciales trompeuses exposent leurs auteurs à des sanctions pénales particulièrement sévères. L'article L. 132-2 du code de la consommation prévoit une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à deux ans et une amende maximale de 300 000 euros pour les personnes physiques.
Pour les personnes morales, l'amende peut s'élever jusqu'à 1 500 000 euros, voire 10 % du chiffre d'affaires moyen annuel si ce montant est supérieur.
Des peines complémentaires peuvent être prononcées, notamment l'interdiction d'exercer l'activité professionnelle dans laquelle l'infraction a été commise, la confiscation des sommes indûment perçues ou l'affichage de la décision de condamnation (Par exemple, les auteurs de pratiques commerciales trompeuses peuvent être condamnés à publier, sur leur site internet, la décision de condamnation dont ils ont fait l’objet, sous la forme d’un bandeau visible en page d’accueil).
La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) joue un rôle central dans la détection et la sanction de ces pratiques. Les consommateurs peuvent signaler les comportements suspects auprès de cette administration, qui dispose de pouvoirs d'enquête et de sanction administrative.
Sur le plan civil, les consommateurs victimes disposent de plusieurs recours pour gérer leurs litiges avec les professionnels. Ils peuvent demander la nullité du contrat conclu suite à une pratique trompeuse, obtenir des dommages et intérêts en réparation du préjudice subi et exiger l'exécution forcée du contrat aux conditions initialement annoncées.
Les associations de consommateurs agréées telles que l’UFC Que Choisir peuvent également agir en justice pour défendre les intérêts collectifs des consommateurs. Ces structures spécialisées accompagnent les victimes dans leurs démarches et peuvent engager des actions de groupe lorsque plusieurs consommateurs sont touchés par les mêmes pratiques déloyales d'un professionnel.
Impact sur l'image de marque et la réputation commerciale

Au-delà des sanctions légales, les pratiques commerciales trompeuses entraînent des conséquences durables sur la réputation des entreprises. Dans un contexte où les consommateurs partagent massivement leurs expériences sur internet et les réseaux sociaux, une condamnation pour pratique déloyale peut rapidement devenir virale et toucher un large public. Les médias traditionnels, en particulier la presse locale, tendent aussi à relayer ces informations. Les associations de consommateurs vont encore plus loin puisqu’elles publient régulièrement des classements et des alertes concernant les entreprises condamnées pour pratiques déloyales.
La perte de confiance qui résulte de cette attention médiatique affecte directement le chiffre d'affaires et la pérennité de l'activité.
Les conséquences s'étendent également aux relations commerciales entre professionnels. Les distributeurs et partenaires commerciaux hésitent à s'associer avec des entreprises ayant des antécédents en matière de pratiques trompeuses, par crainte de voir leur propre réputation ternie par association. À l’évidence, cette défiance complique le développement commercial et l'accès à certains réseaux de distribution.
Il ne faut pas non plus oublier l'impact en interne. En effet, les salariés peuvent éprouver une gêne à travailler pour une entreprise condamnée pour tromperie, ce qui affecte le climat social et complique le recrutement de talents. La démotivation des équipes et les difficultés à attirer des profils qualifiés constituent des conséquences indirectes mais réelles de ces pratiques trompeuses.
En résumé, les pratiques commerciales trompeuses constituent une violation grave du Code de la consommation. Les consommateurs disposent de recours effectifs pour faire valoir leurs droits, tandis que les professionnels doivent intégrer ces exigences légales dans leur stratégie commerciale pour éviter les contentieux.
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Points-clés sur les pratiques commerciales trompeuses
Les soldes peuvent-ils constituer une pratique commerciale trompeuse ?
Oui, si les conditions légales ne sont pas respectées. Un commerçant qui affiche des réductions fictives en gonflant artificiellement les prix de référence ou qui annonce des soldes sans réellement diminuer ses prix commet une pratique trompeuse. Les soldes doivent porter sur des produits effectivement commercialisés avant la période de soldes et les rabais annoncés doivent être réels. La DGCCRF contrôle régulièrement ces aspects et sanctionne les abus constatés.
Que faire si je découvre qu'un professionnel m'a trompé après mon achat ?
Vous disposez de plusieurs options selon votre situation. Contactez d'abord le professionnel pour tenter une résolution amiable en expliquant le problème et en conservant toutes les preuves. Si cette démarche échoue, vous pouvez saisir une association de consommateurs ou un médiateur de la consommation. Le signalement à la DGCCRF permet également d'alerter les autorités. Selon la gravité, une action en justice reste envisageable pour obtenir réparation du préjudice subi.
Les avis clients sur internet sont-ils concernés par cette réglementation ?
Absolument. Les faux avis constituent une pratique commerciale trompeuse sanctionnée par la loi. Un professionnel ne peut pas publier ou faire publier de faux avis positifs, supprimer systématiquement les avis négatifs, ou acheter des commentaires favorables. Depuis les évolutions législatives récentes, les plateformes d'avis doivent garantir leur authenticité et afficher des informations sur leurs procédures de contrôle. Les entreprises qui manipulent les avis s'exposent à des sanctions pénales importantes.
En tant qu'avocat, nous sommes là pour vous accompagner et vous conseiller au mieux de vos intérêts.




